Pour mieux vous situez dans le temps, nous voulions compiler les chroniques jusqu’ici écrite depuis nos tout débuts. Ces textes donnent les pistes d’intrigues qui ont été mises sur le jeu pour notre saison 2023.
Premier évènement
La Conquête de Mévose (Rivesonge)
À travers les populations qui foulent le continent, il est connu de tous qu’en son centre se trouvait l’Empire Mévosien. Dans les manuscrits anciens, on trouve des traces de technologies avancées et des récits sur la puissance de cette nation déchue. L’apogée de cette nation fascine : personne n’a encore égalé les prouesses mévosiennes parmi les différentes civilisations qui se sont aujourd’hui érigées. Cela n’était que des rêves d’érudits qui espéraient voir ces miracles surgir des pages.
Cette région, maintenant ruines de la nation autrefois fondée par Brador, regorge des marques de son passé glorieux. Les richesses et les connaissances présentes en son sol sont majoritairement mévosiennes, mais toutes les cultures présentes en Élode furent liées à cet endroit si particulier.
Lors des temps anciens, il y a de cela plus de mille ans, les forêts vastes et luxuriantes étaient peuplées par les clans cyclaires. Leur influence s’étendait jusqu’à la baie de Tigal, les lieux de pèlerinages couverts d’offrandes parsemaient plaines et clairières. Les tribus étaient séparées par saison et seuls les enseignements primordiaux des Quatre étaient pratiqués par les Hommes. Le sol entourant les arbres rituels était à ce point gorgé du sang des sacrifiés que des plantes étranges y poussaient, laissant échapper des prières lorsque le vent soufflait entre leurs feuilles. Seuls de lointains souvenirs de ses cérémonies persistent suite à la guerre de l’Héritage et la Conquête de Brador qui engloutirent les troupes qui marchaient vers le Vigmark. Les forces de Brador développèrent leur empire à travers Mévose, inconscients de la richesse qui se trouverait sous leurs pas.
Ils se nommaient les fols, ceux qui cherchaient sans cesse l’entrée de ce qui avait été construit dans les profondeurs de la terre. Beaucoup ont disparu après avoir, triomphant, parlé d’une aspérité dans la roche. Il est bon de savoir entrer, mais encore faut-il savoir en sortir : des montagnes d’Argent jusqu’en Brocéliantes, les puissants seigneurs Kotsbars ayant aménagé les excavations ne voulaient pas d’étrangers dans leurs galeries gardées secrètes. Chanceux celui qui pouvait admirer les cités éclairées par l’alchimie, le dédale de ponts au-dessus des rues les plus passantes, les habitations troglodytes foisonnantes de vie, des temples aux façades gravées et serties de pierres précieuses. Comme une fourmilière, la longue ville souterraine amenait à la surface les pierres de Brume et divers autres produits des mines qui étaient exploités. Cette cité tenait toute sa splendeur des runes qui la parsemait, des connaissances mystiques aujourd’hui oubliées qui dorment dans les bibliothèques enfouies.
Encore plus fous étaient ceux qui se souviennent des récits des batailles entre Cyclaires et ceux qui venaient d’un empire au-delà de l’océan. Débarquant d’immenses navires, ses gens s’installèrent, les premiers étaient enfants de Vineren, puis il furent suivis par les enfants de Forsvar. Avec leur arrivée, des guerres éclatèrent en Élode. Le conte, porté par les survivants des voies primordiales était le suivant : Ceux de la Lune, construisirent à l’ombre d’une montagne une porte vers l’Hiver. Ceux du Soleil construisirent, près des flots d’un détroit, une grande porte vers l’Été.
La Brume qui réduisit ces grandes créations à de simples contes, celle qui emporta avec elle les peuples qui vivaient dans l’Empire de Mévose n’était plus. Lorsque, à l’automne 122, les langues de brume se rétractèrent d’une grande partie de ce territoire légendaire, on découvrit des paysages en ruine, la nature avait repris ses droits sous le régime de la Brume. Des bâtiments fracturés, envahis par des racines dures comme du métal, des bibliothèques mystiques inondées devenues repères d’oiseaux agressifs. La faune et la flore donnaient cette saisissante impression de familiarité incohérente. Chaque région du territoire Mévosien avait évolué d’une manière unique en Élode, apportant de nouvelles variétés de plantes, de nouveaux types de réactifs et une étincelle de curiosité malsaine dans le regard des alchimistes présents lors de l’exploration.
Tous les regards d’Élode se portent vers ce nouveau paradis brumeux, prêt à être reconquis. Personne n’est dupe, c’est ici que se jouent les prochaines guerres de pouvoir. Cette conquête sera annonciatrice de grands bouleversements pour les nations et pour l’équilibre fragile d’Élode.
Il ne faudrait pas être le dernier des fous à y entrer.
La reconquête de Mésière (La Marche Exilée)
Le passage de Robin Avery de Danteigne en Mésière, qui se voulait bref lors de l’été 122, se transforma en confrontation avec des brigands pour devenir une guerre contre les autorités de la seigneurie. C’est François Duval qui était le seigneur de Mésière jusqu’à ce qu’il disparut en 121 en même temps que la plainte du Néant. Ce sont des Clans des Vunds qui prirent le contrôle de la région pour faire respecter une certaine forme d’autorité. En l’absence du duc Duval, l’un des chefs des cavaliers des vunds nommé le Chacal prit beaucoup d’importance dans la région, surtout lorsqu’il s’allia avec Edmond Duval, un cousin du duc disparu.
Motiver et appuyer par une large partie de la population cyclaire voulant pratiquer leur croyance sans devoir se conformer aux dogmes du Vigmark, c’est investi d’une mission que Robin Danteigne, entouré de ses généraux et proches conseillers, décida de mener le combat pour la reprise du territoire. Les forces prirent du temps à se mettre en place et les réels affrontements ne purent débuter qu’avec l’arrivée de l’automne et des temps froids. Ainsi, en plus de devoir combattre les armées fidèles à Duval et maintenant à son cousin en plus des forces Vigmars du Chacal, il faudra aux troupes de Robin combattre le froid et les engelures.
L’Opposant était de taille et il avait des alliés un peu partout dans le territoire. Les forces opposées à Robin étaient principalement concentrées dans la Cité d’Hardoise et dans le château de Haut-Roc, se trouvant dans les montagnes au nord du duché.
C’est vers la capitale du duché, la cité d’Hardoise, que se portèrent en premier le regard et les armées de Robin Avery de Danteigne. Avec quelques béliers de fortunes et plusieurs échelles fabriquées en un temps record, l’armée tenta un déplacement rapide afin d’éviter un siège interminable. L’effet de surprise et la rapidité avaient été les tactiques choisies pour l’assaut. Disposant de murs de pierres uniquement pour la ville centrale, la cité d’Hardoise est entourée d’un hameau populeux où la majeure partie de la population habite. Alors que les troupes fidèles au petit duc, surnom donné à Robin Avery par ses soldats, déferlèrent dans le hameau, tous purent constater que celui-ci était presque vide et surtout, sans résistance réelle de la part des forces en présence. Le seigneur local avait vraisemblablement vu venir l’armée ennemie et fait entrer la population à l’intérieur des murs de la cité. C’est arrivé aux portes d’Hardoise que le combat débuta. Archers et arbalétriers sur les murs se mirent à faire déferler leurs projectiles vers les assaillants, et ce sans relâche.
Hardoise est davantage une cité commerciale et un lieu de vie qu’une place forte conçue par des stratèges et architectes militaires. Plusieurs portes se trouvent dans les murs de celle-ci et ils furent presque tous attaqués par l’armée de Robin, obligeant les défenseurs à répartir ses forces sur plusieurs fronts. Cette tactique put ainsi éviter plusieurs pertes humaines du côté des attaquants et surtout, permettre au plan de Robin de se mettre en branle. C’est ce qui se produisit environ 3 heures après le début du siège alors que des bruits de combat retentirent à l’intérieur des murs alors qu’aucune brèche n’avait été faite. Ayant reçu des doléances et le soutien du peuple de Mésière après avoir débarrassé le territoire des bandits lors de l’été alors que les autorités ducales demeuraient immobiles, Robin avait créé un lien de confiance avec la population. C’est le peuple du hameau, sécurisé dans les murs d’Hardoise, qui s’attaquait aux soldats postés à la porte sud. En moins de trente minutes, les soldats furent submergés par les attaquants qui montaient au mur et forçaient le passage vers le contrôle des portes de la ville. Une fois que cette ouverture fut faite et qu’une large portion du peuple prit les armes contre leur propre seigneur, il n’en fallut peu pour sceller l’issue de ce combat.
Malheureusement pour Robin qui souhaitait capturer le Chacal, il ne put constater que celui-ci était absent et avait mandaté Edmond Duval pour gérer la ville en son absence. Le Chacal avait élu refuge à Haut-Roc, une place forte se trouvant dans les montagnes et réputée pour être imprenable.
C’est donc une semaine après ce combat, alors qu’une première neige tombait sur Mésière, que Robin et son armée partirent vers le nord. Cette fois-ci, joints par des renforts envoyés par l’Ordre de l’Exil ainsi que les pauvres Chevaliers du Renouveau.
Malheureusement pour les stratèges de l’armée de Robin, les Vigmars contrôlaient toujours l’accès à la mine se trouvant tout prêt de Haut-Roc et avaient donc encore accès à énormément de ressources. Sans cet accès il aurait été beaucoup plus aisé de les isoler et d’en venir à bout pour les forces patriotes suivant le petit duc.
Juchée dans les montagnes et précédée d’un chemin serpentant dans la pierre et parsemée de tour où peuvent se cacher des dizaines d’archers, la forteresse de Haut-Roc était un réel calvaire pour les attaquants. Les assauts débutèrent au début du mois de décembre et durèrent des semaines. Les pertes étaient nombreuses et le froid n’aidait en rien le moral des forces de Robin qui était pourtant excellent lors du départ de la cité d’Hardoise. La flamme patriotique des Marcheurs pouvait-elle à la fois les tenir au chaud durant tout l’hiver et leur donner la force nécessaire pour gagner cette conquête?
Sans cesse, des convois faisaient l’aller et le retour entre le campement militaire des armés de Robin et la cité Hardoise afin de ravitailler les soldats et apporter le nécessaire pour survivre dans le climat hostile.Les rumeurs voulaient que le Chacal eût engrangé dans le château de Haut-Roc suffisamment de vivres pour y passer tout l’hiver sans devoir en sortir. Malgré les efforts importants des nouvelles forces que constituaient les pauvres chevaliers du Renouveau et l’Ordre de l’Exil, aucune avancée notable ne put être faite sur Haut-Roc.
Ce n’est qu’au début du mois de février que Robin vint à voir la vérité en face: Haut-Roc était imprenable. Jamais ce château dans les montagnes ne pourrait être pris par la force à moins d’avoir dix fois la quantité d’hommes et de femmes qu’il avait sous la main.
Par un matin particulièrement nuageux, il réunit toute son armée dans le campement militaire au pied des montagnes pour s’adresser à eux. Sur une pile de caisses de bois il se hissa afin que tous puissent le voir. Il faisait dos au château de Haut-Roc et à son chemin dans les montagnes que l’on voyait serpenter dans ce méandre étroit et meurtrier serti de tours et de crevasses.
Marcheurs et Marcheuses. Vous m’avez accompagné ici par conviction et par amour de votre patrie. Parce que comme moi, la vue d’une Marche conquise vous répugne et vous enflamme! Pendant des mois nous nous sommes acharnés sur Haut-Roc afin de reprendre ce qui est nôtre, pendant des mois nous nous sommes heurtés aux défenses de ce bastion de pierre et de fer. Nos pertes furent nombreuses, et je salue et continuerai d’honorer ceux qui sacrifièrent leur vie pour notre cause dans ce lieu sombre.
Le visage de Robin était sincère alors qu’il disait ses mots et que ses yeux devinrent vitreux, retenant ses larmes. Il jeta un regard en arrière en fronçant les sourcils pour regarder une fois de plus Haut-Roc, inchangé, qui continuait de le narguer. Ses poings se serrèrent et il se retourna vers son armée alors qu’un vent du sud se leva.
C’est une victoire dans la conquête que nous venions chercher ici. Ce n’est pas ce que nous y avons trouvé. C’est avec beaucoup d’amertume que je vous annonce que les assauts vont cesser aujourd’hui sur Haut-Roc. Je vais écrire une missive au Vigmar qui se fait appeler le Chacal afin de lui signifier qu’il peut demeurer le seigneur de Haut-Roc, mais qu’il aura bien du mal à trouver respect et fidélité dans la population de Mésière. Je lui écrirai afin qu’il sache que jamais il ne sera vu ou traité comme un duc, seigneur ou un noble auprès des vrais Marcheurs. Que son ascension fulgurante au sommet de la hiérarchie en Mésière, après la disparition mystérieuse du légitime duc François Duval est si suspecte que cela mériterait une enquête. Que son inaction à protéger la population de Mésière alors que les brigands circulaient en maître pendant tout l’été le rend complice des méfaits de ces bandits. Un Chacal n’est pas un seigneur dans la Marche, il n’est rien de plus qu’un charognard.
L’armée devant Robin s’écria haut et fort à ce moment-là. Ce que l’armée exprima, c’est la colère qu’il avait envers le Chacal et les autorités de Mésière mais aussi leur colère d’avoir fait tout cela pour rien. Bien que certains étaient heureux que les morts cessent dans cette tentative de prendre Haut-Roc, la plupart voyaient en face la réalité: Une défaite militaire.
Alors que la foule était encore très mouvementée, Robin leva les mains pour tenter de les ramener à l’ordre. Plus à lui-même qu’à la foule, le jeune duc dit
Mais calmez-vous, le Chacal ne pourra se cacher éternellement, tôt ou tard, il fera face à la justice.
Pendant le discours de Robin et les acclamations de l’armée, le vent n’avait cessé d’augmenter et le ciel continuait à se couvrir de nuage gris et menaçant. La tempête se levait et c’est alors que Robin voulut élever la voix à nouveau qu’un gigantesque éclair traversa le ciel pour s’abattre sur l’une des montagnes près d’une tour de guet du chemin menant à Haut-Roc. Le tonnerre qui suivit donna l’impression que le ciel se déchirait en deux, et plusieurs soldats se bouchèrent même les oreilles dans ce vacarme assourdissant. C’est à ce moment que la montagne elle-même trembla, et que les échos se firent sentir dans le sol sous les patriotes Marcheurs. Devant leurs yeux, ils virent la neige du sommet de la montagne s’agiter et se mettre à déferler avec force et colère. Bientôt, ce n’était pas que la neige mais la terre et la pierre qui se mit à se fracturer et descendre de la montagne devant leurs yeux. Dans un chaos et une agitation grandissante, les soldats prirent leurs effets personnels à portée de main et partirent à la course, fuyant vers le sud. Pendant de longues minutes, les échos de ce qui semblait être la chute d’une montagne et les cris de peur des soldats résonnèrent dans la vallée. Ce n’est que lorsque la neige et la poussière retombèrent que tous purent constater que le campement militaire avait été épargné. Revenant sur leur pas, les soldats constatèrent que, debout et faisant face à la catastrophe sur les mêmes caisses de bois qu’il avait utilisé pour s’adresser à la foule, se trouvait Robin Avery de Danteigne, le duc qu’ils avaient tous fait le choix de suivre. Une flamme brillait toujours dans son regard alors qu’il regardait vers le nord.
Le résultat de ce gigantesque glissement de terrain était presque irréel. Le Château de Haut-Roc avait survécu et n’avait pas bougé d’un poil, mais le sentier qui menait à son unique porte semblait complètement détruit, soit enseveli par la neige ou bien encore se trouvant sous des dizaines de mètres de pierres. Si le chemin pour se rendre à Haut-Roc était difficile avant, il était maintenant impossible de manœuvrer dans ce décor apocalyptique. Impossible donc de prendre Haut-Roc, mais également impossible pour ceux qui l’occupent d’en sortir.
Cela prit des mois de travail aux forces de du Chacal et des clans des Vunds à créer un nouveau passage vers le château de Haut-Roc. L’éboulement avait, d’une manière naturelle, dessiné une nouvelle frontière entre le Vigmark et la Marche Exilée, une frontière qui rendait les échanges entre les deux nations encore plus difficiles.
L’armée de Robin et sa suite quittèrent les environs de Haut-Roc dans les jours qui suivirent l’événement que certains qualifiaient de miracle. Robin ne prit pas la route de Danteigne, à la surprise de plusieurs. Il opta plutôt pour établir un nouveau campement plus au sud de Mésière, proche de la rivière du même nom, à la frontière séparant la Marche de l’ancien Empire Mévosien. Certains disent que son regard se pose maintenant vers l’ouest. Maintenant accompagnés d’une partie du peuple de Mésière à sa suite, tous attendent de voir quelles seront les prochaines actions du petit duc.
La mort du Cyr (Cyriande)
Il y a un bruit que seuls les gardes des remparts de Coranthe connaissent. C’est le frottement étouffé du tissu contre le vent tandis que se déploient les bannières. Ce jour-là, pourtant, toute la ville put entendre ce son si particulier tandis que des bannières sombres par dizaines se déroulèrent contre les murs blancs de la cité. Nul besoin de cor ou de cloche.
La place du souk était inhabituellement tranquille et seuls des chiens errants s’y battaient pour un morceau de viande oublié par les marchands. Comme dans un état figé, les rues tranquilles de l’immense ville étaient nappées de rubans sombres. Depuis la porte maritime des murailles, fixant les délégations qui arrivaient par bateau, Mariella Lombarde attendait. Son regard impérieux allant au-delà de l’horizon. Loin, très loin. Son poing se ferma brusquement, jusqu’à en faire blanchir les jointures. Puis elle reprit contenance, d’un hochement de tête, elle indiqua qu’il était temps d’aller accueillir les autres familles. Et d’accepter leurs condoléances.
À Ravène, le Courtier fixa le titre du journal qui allait circuler à travers Cyriande le jour même. Il tiqua de la langue en regardant les marchands à l’extérieur manifester leur mécontentement contre la gestion commerciale du dernier sommet. Ils n’étaient pas prêts pour la suite. Qu’importe. Que l’information circule.
Le Cyr est mort.
Lors du sommet d’Aubéliard, des mystiques avaient cherché désespérément un remède aux maux du patriarche Lombarde. Le résultat semblait prometteur, mais il ne fut pas suffisant. Ou cela avait-il été fait trop tard ? Des rumeurs circulent à propos du responsable des malheurs du Cyr, certains en connaissent même la provenance. Pourtant, le coupable circule encore en toute liberté au grand damn de la famille dirigeante.
Un deuil de trois mois fut décrété dans les villes qui mirent drapeaux en berne et bannières sombres contre leurs murs. Toute fête fut annulée. On pria beaucoup. La famille Lombarde ne pouvait envoyer son patriarche aux voûtes de lumière, il était souillé par la maladie. Mariella resta silencieuse durant toutes les cérémonies, son mari à ses côtés. Il remerciait de quelques mots ceux qui passaient offrir leurs sympathies. Toutes les cinq familles avaient envoyé des représentants.
En attendant que la prochaine élection se tienne, Mariella avait quitté Berluse pour assurer la gestion des tâches de son frère. Il était déjà presque certain qu’elle serait élue. L’académie de Berluse tenait son propre conseil pour décider de la prochaine personne qui les dirigerait. La hiérarchie de Cyriande s’effritait. Un vent de renouveau soufflait.
Si l’heure n’était plus aux conflits internes, beaucoup avaient perdu leurs horloges. Les Argentiers et la Coalition des Cygnes se fixaient à couteau tiré au-dessus des ressources de l’ancienne Mévose. Les différentes académies mineures se retrouvaient à devoir recourir aux mercenaires pour avoir leurs ressources tandis que les décisions Kotsbar impactaient les routes marchandes. Les Brymielles renvoient en Drasil des gemmes d’Essence qui avaient été pillées au Trigone pour remercier du sauvetage de sa princesse, tandis que d’autres fourbissent leurs lames pour le prochain Drasilhien qu’ils croisent. Chacun tentait de tirer la couverture à soi tout en faisant ce qui lui semblait juste.
Le bien commun, cette idée si prégnante en Cyriande pouvait donner une société dissonante. Mariella savait ce qui l’attendait en tant que prochaine Cyr. Elle y songeait, silencieusement, dans la chambre de son feu-frère. Cyriande était magnifique et libre, mais si féroce qu’elle se mordait parfois la patte d’elle-même. Il fallait dompter la bête. Il fallait des victoires, des réussites et encore plus que cela. Il fallait des démonstrations de puissance.
Elle commença à faire les cents pas dans la chambre de l’ancien Cyr. Elle s’installa sur la chaise près de son bureau. Le soleil impitoyable de Coranthe glissait entre les volets de bois, zébrant le bureau couvert de parchemins. Perdue dans ses pensées, elle resta assise assez longtemps pour voir les rayons de lumière doucement se retirer du meuble.
Un éclat la frappa soudainement au visage. Une lueur bleue provenant d’une pierre posée sur un tas de papier. Elle l’attrapa et en souffla la poussière. Des volutes arcaniques se mirent à tourner dans la gemme tandis qu’elle la tenait.
« … Cornelius ? »
Lors de la retraite des Cyriands, à la fin de la guerre de Laverne, Valente avait chargé Dalvine Lombarde de prendre soin du Trigone. L’endroit fut promptement mis à sac. Ce qui peut simplement passer pour des pierres précieuses auprès des non-initiés était bien plus que cela. Ces pierres étaient des essences de Vinerens cristallisées pour vivre au-delà de la mort dans cet écrin minéral. Parmi les gemmes d’Essence pillées dans la bâtisse sacrée de Drasilhem, il y avait quelques personnes d’importance. Parmi celles-ci, Cornelius de Lazuli, prince et mystique de renom, sa puissance et sa sagesse étaient célébrés à travers tout Drashilem.
Si la famille Brymielle avait réussi à récupérer une grande partie des charmants petits cristaux infusés d’essence de gens morts qui avaient été entre les mains de la Coalition des Cygnes, certaines manquaient à l’appel, manifestement distribuées aux partisans de la guerre en Laverne. Mauvais perdant jusqu’au bout. Dont le plus puissant et important de tous ceux volés : Cornelius du Lazuli.
Mariella soupesa la gemme et soupira avant de se lever. Ce n’était pas une solution paisible qu’elle venait de trouver, mais nécessaire. Le brumacier était primordial dans la défense d’Élode contre les engeances du désert et les Al’sharaziens.
Elle claqua des doigts et la porte s’ouvrit.
« Ma Dame ?
– Prévenez mon mari, nous allons visiter les forts dès que l’élection est terminée.
– Bien. »
Elle fixa de nouveau les mouvements nacrés dans la gemme. La coopération serait forcée, mais n’importe qui comprendrait combien la défense du continent importe. Même un Infidèle.
L’élection se passa rapidement et le résultat fut peu surprenant pour beaucoup : Mariella gagna sans peine. L’Académie de Berluse n’avait qu’à se trouver une nouvelle rectrice.
Les différents forts dans le désert étaient occupés par les Vigiles du Misthral, force sans nul autre pareil. Le sacrifice que ces soldats faisaient au quotidien pour protéger la vie des peuples au-delà de la mer les avait rendus taciturnes. Les mots étaient devenus étrangement longs à entendre, mais aussi parlaient-ils peu. La faute devait être sur les différents rituels qu’ils subissaient pour être constamment éveillés : leur petit nombre ne leur permettait pas d’effectuer des rondes.
Néanmoins, la nouvelle de la mort du Cyr jeta un sombre voile sur le moral des troupes. Peut-être les seuls à réellement pleurer sa disparition, les Vigiles du Misthral portaient le deuil comme une symphonie laconique. Les attentes envers Mariella Lombarde étaient basses et le futur manque de Brumacier allait rendre la réparation de l’équipement difficile.
Aussi personne ne s’attendait vraiment à ce que la première visite de la nouvelle Cyr se fasse chez eux. La surprise se manifesta par le manque de préparation dont firent preuve les Vigiles, ainsi que les longues secondes qu’ils prirent à réagir à la vue de la délégation de Mariella Lombarde arrivant de Coranthe. Elle ne s’embarrassa pas du manque de banquet ou des habits déchirés de plusieurs d’entre eux, elle demanda à parler aux Chapelains et Thaumaturges. Quelques heures plus tard, tous étaient rassemblés près des pans de runes autour du fort. Un cristal dans la main, Mariella renouvelait chacun des sorts de protection. Une lueur bleutée et vespérale entourait ses mains tandis qu’elles les incantaient. Tirant de Cornelius l’énergie nécessaire, l’ancienne responsable des tours de Berluse montrait aux vigiles qu’ils n’étaient pas seuls. Ils seraient toujours la priorité de la famille Lombarde.
Après une longue journée dans le premier fort, elle se laissa tomber sur une chaise tandis qu’on lui apportait de l’eau.
« Amenez-moi votre meilleur Hérault. »
Demain, elle ira au deuxième fort. Pas de temps à perdre suite à l’annonce de la mort de son frère, les Al’sharaziens pourraient en profiter en songeant que le pays est affaibli. Puisqu’ils ne pouvaient plus compter sur les Kotsbars, Cyriande trouvera du Brumacier en Mévose.
Une Alfar aux yeux délavés arriva rapidement. Elle jugea la personne qu’on venait de lui présenter de la tête au pied. Les doigts sur la joue, comme amusée à l’idée d’envoyer quelqu’un habitué au désert dans cet endroit plein d’humidité, elle demanda :
« Connaissez-vous Rivesonge ? »
L’Aube des Oubliés (Al’Sharaz)
Les reflets d’argents de la Lune réverbéraient sur le linceul d’ivoire qui couvrait la plaine offrant un chatoiement digne de la plus grandiose des gemmes, taillée à la Perfection par les vents happant les terres de Drasilhelm. Sa surface lourde cristalline annonçait la fin imminente de l’hiver; il serait bientôt temps. Le vieux dokkalfar regarde les cartes et registres assemblés sur une table de grande envergure, quoi que de modestes factures, qui centre ses appartements, au sein d’un petit manoir rural portant encore d’importantes cicatrices des affres de la guerre. Si les comptes étaient bons, ils auraient tout juste ce qu’il faut pour faire le voyage. De toute façon, là où ils allaient, ceux qui ne survivront pas au périple ne feront pas long feu. Après avoir refait les calculs, il sort de sa poche une petite pierre de forme incongrue, une galène, qu’il met dans une petite pochette de velours noir. La qualité de la facture experte et des matériaux raffinés de la bourse fait contraste au décor et aux vêtements distingués, mais sobres du seigneur. Une fois lacée, la pochette est remise à un jeune dokkalfar qui tenait discrètement la vigie à la porte dans une tenue de majordome d’une mode passée depuis plusieurs décennies. « Il est temps, 2 semaines… et nous arriverons justes avant la Libération… » Le majordome s’incline, revêt une lourde cape et quitte le manoir dans le froid de la nuit hivernale.
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Pendant ce temps, plus à l’est à l’orée des Brocelliantes, le Damaken Hassik Al’Damara, dirigeant du de la cohorte dans le territoire de conquête Al’Sharazien, revient d’une expédition dans la sombre forêt. Inspiré de son passage au sein de la Brume habitée par une myriade d’horreurs de l’impur qui arpente les régions frontalières de Sinav, il décide de faire une inspection nocturne du camp d’entraînement de l’Anu’Pash, en bordure de l’enclave al sharazienne. Comme une ombre, il s’infiltre au cœur de la ruine servant de baraques marchant silencieusement avec sa panthère au travers des regroupements serrés des Nies, entrelacés pour combattre le froid de la fin de l’hiver. Ces membres de la plus basse de la société étaient présentement composées des orphelins de la guerre de Drasilhelm, portant les turbans blancs signifiant leur rang. La journée avait été difficile, alors qu’ils avaient été déployés sous le soleil pour récolter du bois, afin de continuer la reconstruction de la cité. Une maigre portion de la récolte de la journée était laissée aux recrues faisant office de bûcherons pour se réchauffer durant la nuit. L’implacable blizzard ayant cruellement balayé la région durant la journée, amenant avec lui d’épais filets de Brume, avait mis une fin abrupte à l’exercice. Hassik dévisagea les recrues recroquevillées, et se consola, jugeant qu’elles apprendraient bien assez vite que la vie n’offre pas de chance et que seule la force de leur volonté saurait leur offrir la résilience nécessaire pour faire face et vaincre les embûches qui peupleraient leur existence.
Comme dans le cadre d’une manœuvre entraînée, la panthère du Damaken poussa un puissant rugissement dont le son fit écho dans l’enclave. Sortie de leur torpeur, les Nies se réveillèrent en stupeur et par habitude, se mirent machinalement en rang pour un décompte. Dans l’assemblé, seuls deux Dokkalfars restèrent au sol, sans couverture et clairement rongé par la maladie. Le chef de camp saute agilement des remparts de l’enceinte pour les remettre à l’ordre. « Pour Hevn, vous vous tiendrez droit, où vous êtes une insulte à son Dogme! » cria-t-il en enfonçant sa botte dans les côtes de l’un des malheureux. Pour le deuxième, trois confrères quittèrent les rangs pour aller le relever et l’amener avec eux. Son regard absent, son corps fragile et ses tremblements montraient d’importants symptômes de maladie. De l’autre côté, le chef de camp jetait son regard perçant sur les Nies entourant leur camarade mourant, encore au sol malgré les sévices. L’agonisant était l’un des meilleurs combattants recrutés parmi les orphelins et s’était montré particulièrement cruel, arrogant et insoumis dans les derniers mois. Celui-ci combattait une sévère grippe depuis déjà quelques semaines. Devant leur inaction, il se tourna vers le Damaken et sa panthère en s’inclinant, lui offrant la parole.
« Vous êtes ici pour apprendre que devant l’adversité, vous n’êtes encore rien… Nie! La vie, ce monde et celui de l’au-delà ne vous feront pas de cadeau et n’auront que faire que vous ayez ce qu’il faut pour réussir ou pas. Si vous n’êtes pas capable de vous tenir droit pour Hevn, vous n’avez rien à apporter à Al’Sharaz. Si vous n’avez pas la force de servir ni vos frères ni votre patrie, vous êtes une bouche de trop à nourrir. Que l’on me jette ça dehors. Prouvez-moi que vous êtes plus que rien, que vous valez davantage que le sol que nous foulons, et je vous offrirai la détermination qui vous donnera une place sous un toit près d’un foyer. D’ici là, vous êtes Nie. »
Deux Sharums, caste guerrière décorée d’un turban bleu, de garde sur le campement, répondirent en ramassant le Nie mourant pour le jeter à l’extérieur de la Cité, en pâture aux Brocéliantes. Un soubresaut se fit sentir au sein de quelques recrues, conservant encore une étincelle de volonté, le tout formant une opposition muette et insuffisante alors que les Al’Sharaziens, vêtus de leur chaude tenue, quittaient vers leurs demeures aux cheminées fumantes. À la fin de la procession, le Damaken reprit parole.
« Sur ce, beau campement Kai’Sharum, je crois que certains d’entre eux, pourront passer à la détermination bientôt. Nous verrons si Hevn croit que ce qu’ils ont appris dans leur Royaume de décadence mérite d’avoir une place sous son règne… Vous avez toutefois un malade qui mériterait de passer du temps à l’infirmerie, ainsi que trois Nies qui n’ont pas compris ce que voulaient dire les termes, tenir les rangs. »
Un Sharum traversa la cour pour prendre le malade qui, au bout de ses forces, s’effondra littéralement dans ses bras avant d’être amené au pavillon de l’infirmerie où opèrent Kenzams et Damas. Puis, un Kai’Dama, lieutenant de la caste ecclésiastique au turban rouge éclatant, de l’entourage du dirigeant de Sinav fit s’avancer les 3 dokkalfars qui avaient porté secours à leurs comparses transis de fièvre. Sous le son des coups de fouet de la leçon, le Damaken quitta en direction de ses appartements.
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Alors que le soleil levant faisait fondre les derniers cristaux du manteau qui recouvrait les landes et couronnait les arbres et buissons en périmètre des boisés, Vladislav de Galène se dirigeait vers l’auberge, cœur du village où se tenait son manoir. Une véritable onde de respect déferla à l’encontre du vieux dokkalfar vêtu de son habituelle tenue sobre, alors que la clientèle de l’établissement, ouvriers, marchands et roturiers, se levaient à l’unisson pour le saluer.
D’un pas décidé, il se faufila dans les corridors et escaliers vers la cave à vin, intégrant une porte dérobée, dissimulée dans un immense tonneau de fermentation. Il dévala un petit tunnel débouchant sur une grande salle de réunion ronde. Au centre de celle-ci, se tenait debout son majordome, ainsi que plusieurs autres individus dont l’apparat montrait une fonction similaire. Faisant silencieusement le tour pour prendre sa place, il posa son regard sur un rassemblement des individus les plus accomplis et influents de ce que le Galène avait à offrir. Un à un, il regarda ces bâtards sortir de leur habit des petites pochettes de velours pour vider leur contenu au centre de la table de façon cérémonieuse, formant un cercle de galènes, chacune ayant sa forme naturelle atypique.
Sans un mot, le seigneur regarda les pierres, comptant mentalement, les évaluant tels des registres. Pour un noble de la maison, ces pierres sans distinction apparente étaient chacune uniques, et symbolisant l’aval d’une entière congrégation de Galènes au plan qu’il mettait en place. L’assemblée ici présente parlait pour plus de la moitié des Bâtards qui ne naquirent pas sous l’Oeil du Libérateur. Alors que les calculs se terminaient dans son regard, il leva la tête vers les différents individus rassemblés, et fit un signe approbateur de la tête. “Nous partons dans 1 semaine. Soyez au point de rendez-vous avec vos entourages respectifs.” Les représentants reprirent alors leur galène au centre de la table pour les remettre cette fois dans une bourse de velours argenté, symbole de l’accord ici signé par toutes les Galènes ayant apposé leur pierre..
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Penseurs, les dirigeants Al’Sharaziens de Sinav sont au balcon du bâtiment le plus imposant de la ruine fortifiée. La nuit touche à sa fin alors que la lune à l’horizon laissait place à l’Astre du Damné qui se levait. Les nouvelles du retrait des larges pans de Brumes erratiques qui couvraient l’Empire Déchu Mévosien, et la subséquente ouverture de ces terres au cœur de Del’Dorym pour la reconquête, venaient de leur parvenir. Leur assise serait plus que jamais un point névralgique dans l’exploitation des secrets de ce continent, alors que leur enviable position aux abords des Brocéliantes permettait à la colonie d’Al’Noc’tol de déployer des hommes directement à la frontière drasilhienne avec l’Ancien Empire.. Alors que le Kenzam’Ka de Sinav, représentant de l’Hel’Damara’sen et premier parmi les artisans de la ville, finissait son rapport sur la réouverture des routes d’approvisionnement, un cor d’alarme se faisait entendre à la tour de guet ouest. Le chant de la trompette sonnait l’arrivée, non pas d’engeances, mais de drasihliens. À en juger par la longueur du dernier son, ceux-ci étaient nombreux.
Alors que s’éveillait la cité endormie, le regard du Damaken se posa sur une immense colonnade de gens vêtus de noirs qui arrivaient alors que le ciel tournait à l’azure du matin. Crachant au sol, il prit ses armes pour aller au rempart les accueillir, arc de chasse à la main. Alors que s’approchaient ceux qui avaient bravé la nuit pour avancer, les sharums de Sinav se déployaient dans et sur les remparts. Pour chaque turban bleu monté aux points de défense, deux se positionnaient, arme pointée, au baraquement des Nies qui prenaient leur place pour un comptage. Même pour ceux habitués à l’exercice, la menace d’un tel nombre de gardiens armés et prêts à tuer au moindre commandement donnait une dimension surnaturelle au moment.
Pendant que les Shiras, caste mystique al’sharazienne au turban vert, installaient leur cercle de rituel dans la grande place du marché et que les Damas se déployaient pour assurer la bénédiction des sharums, Damaken Hassik Al’Damara s’installa au-dessus de la grande porte, sa panthère à ses côtés. Devant lui, sur la route commerciale rattachant la ville fortifiée au reste de Drasilhelm se tenait une immense colonne de dokkalfars, arme à la main, dix épaules de large, qui sous le couvert de la nuit avaient fait le chemin jusqu’à sa porte. Alors qu’il leva la main, les Sharums de la muraille levèrent leur javelot et tendirent leur arc, pointant les parvenus désirant venir tester leur défense.
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Devant l’imposante muraille rénovée de Sinav, le contingent qui avait augmenté d’au moins dix fois sa taille initiale au fil de leur périple, attirant autour d’eux plusieurs factions et membres de la Galène, décentralisée et éparse, s’arrêta brusquement. De part et d’autre du crénelage, des Al’Sharaziens aux turbans bleus les tenaient en joug de leurs armes de jet. Au centre de ceux-ci, entièrement dévoilé au milieu du rempart, se tenait un homme imposant au turban rouge et sombre comme la brique. Son ombre et celle de sa panthère en laisse se dessinaient sur l’assemblé alors que les premières lueurs du soleil se traçaient derrière lui.
Un long silence soulignait le moment qui serait historique. Au bout de cette éternité, le vieux Dokkalfar à la tête de la littérale armée de bâtards s’avança. Au moment où il quitta formellement les rangs, les armes dégainées de la colonne furent baissées puis jetées au sol. Main ouverte bien haut devant lui en signe qu’il n’était pas une menace, il avançait d’un pas lent, mais droit et impérieux.
“Je me présente, Seigneur Vladislav de la Galène, Caravanier du Consul du Joyau et Guide des Bâtards de l’Immumable. Je me fais porte-parole de cette assemblée qui a embrassé avec moi le rêve de l’Ambition. Nous nous présentons aujourd’hui, pour se soumettre à l’Anu’Pash et remettons à Hevn le Sage et l’Éternel notre ascension.”
Sur ces paroles, les drasiliens commencèrent un à un à s’agenouiller le long de la procession. Genou dans la terre froide et humide de la route de terre battue, ils baissèrent la tête en signe de soumission, un geste complètement à l’encontre des mœurs du Royaume construit à l’image de Myhr. Dans cette vague qui remontait la colonne, les dernières armes encore en main furent jetées dans les fossés entourant la voie servant aux caravanes. Avant de s’agenouiller à son tour, le vieil homme prit une dernière fois la parole.
“Nous étions Galènes. Nous ne sommes maintenant plus rien. Nie.”
Le retour de l’Écorcheur (Rivesonge)
Un rideau de pluie s’effondrait sur l’horizon qu’observait Gontrand, accablé par ses blessures suintantes. Adossé à la charrette renversée plus tôt, la pluie froide rend son agonie plus douce. Au seuil de la mort, la jambe cassée, le ventre ouvert, il a été laissé à son triste sort, seul. Les cadavres de sa femme ainsi que sa fille jonchaient la scène tragique devant lui. Derrière lui, gisait son oncle et son cousin, les premiers à être tombés sous les flèches.
Les moments de consciences devenant éparses, il se remémorait ce qui l’avait conduit là. Une promesse d’un avenir meilleur, d’une terre suffisamment grande pour prospérer lui et sa famille dans l’ancienne Mévose qu’on dit libérée des maux de la brume. Un périple de plusieurs lieux parsemés de chemin sinueux pour éviter les taxes et les droits de passage. Le tout s’était relativement bien passé jusqu’à la veille.
Une embuscade tendue au détour d’une route dépassant le Carrefour des Astres l’aura forcé à réaliser la triste fatalité de la région. À l’article de la mort, des questions se bousculaient à travers son esprit troublé: Pourquoi lui et sa famille? Pourquoi Brador l’avait-il abandonné en ces lieux qui étaient autrefois sien?
Un simple bout de manuscrit avait été aposé sur le corps sans vie de sa femme par les assaillants. S’était-il agit d’une attaque ciblée? Et si oui, pourquoi sa famille? Sur ce parchemin, uniquement le symbole de deux corbeaux se faisant face était présenté. Cette signature n’était pas totalement inconnue de Gontrand, l’ayant entrevu à quelques reprises autrefois dans l’ancien duché de Belfort. Toutefois, il ne pouvait clairement l’associer à une guilde connue.
Ce défilement de ces événements funestes laissa place à un retour à l’amertume de la réalité. Soudainement, Gontrand senti une chaleur l’envelopper, ouvrant les yeux pour ce qu’il croyait être la dernière fois. Ses yeux ébahis constatèrent que la pluie s’était transformée en sang tombant du ciel. Le sol autour des cadavres de sa famille et ses compagnons dégageait maintenant une brume rougeâtre qui engouffrait la route boueuse, maintenant devenue chairs. En un battement de coeur et un clignement de paupière, ses viscères n’étaient plus à l’air et s’étaient faufilés à leur place guidé par le brouillard écarlate.
Reprenant conscience, il vit une silhouette se faufiler autour de la macabre scène des ruines du convoi. Une voix perçante se fit attendre alors:
« Il me faut te trouver une nouvelle jambe, question que tu puisses m’être utile! S’écria l’entité qui titubait en examinant les dépouilles autour.
Gontrand, dégoûté face à l’immondice aux lambeaux de chair, saisit une fourche ébréchée. Brandissant l’arme de fortune dans l’espoir que l’engeance ne l’approche, il compris bien vite à quoi il avait à faire…
« Voyons, ne sois pas ridicule, je ne t’aurai pas rapiécé si tu n’avais aucun potentiel. » répliqua l’entité, l’air agacée avec la jambe de son cousin frétillante dans ses griffes.
« Ton cousin était plus grand, tu boiteras un brin, mais tu marcheras après mes bons soins.
Un sentiment d’effroi parallisa l’homme tandis qu’une toile d’artères sanguinolente lui est vomi par la créature.
Englouti par tant d’horreur, il réouvrit les yeux.
Debout, sans faim ni soif qui le tiraille, sans douleur aucune qui l’accable, sans peur devant la nuit, sans peur pour l’Écorcheur, son nouveau seigneur.
« Sois fier d’être encore en vie, tu ne fais plus qu’un avec ta famille, dorénavant tu portes en toi tout l’héritage de celle-ci, va prospérer loin de ce trou maudit qu’est Mévose, tu fais maintenant partie de mes protégés. Je veillerai sur toi. »
À cela, l’homme rétorqua sans en comprendre encore le véritable sens: Oui, monseigneur.
À ces mots, Gontrand fut pris d’une force qu’il n’avait jamais éprouvé, ses pas le guidaient loin de cette route. Son corps s’élançait à une vitesse étonnante sans que l’effort soit senti.
Sa silhouette n’était déjà plus visible tandis qu’un filet de brume écarlate se dissipait doucement sur le convoi.
Deuxième évènement
Les larmes de la Prophétesse (Montagnes d’Argent)
Sombre et lugubre, tel un épais voile d’encre couvrant la voûte céleste, niant aux contrées et à leurs habitants la moindre lueur des astres nocturnes, cherchant à conserver dans l’ombre ses mystères et ses énigmes. Tel était la nuit qui enveloppait la forme chétive, ancienne et chambranlante du sieur de La Serre, alors que laborieusement il avançait sur le petit chemin forestier. Resserrant son large manteau de ses mains frêles et gantées, le voyageur taillait la route, la noirceur si épaisse qu’on l’aurait dit tangible abritant les horreurs errant les landes d’Élode lorsque que l’Astre de Forsvar quittait son poste vigilant au sein de l’azur des cieux. Tout autour de lui, des bruits erratiques et des murmures transigeants soulignaient la présence de ces dangers, sortis en masse en cette nuit sans Lune pour chasser, massacrer, et pactiser avec tout mortel suffisamment malchanceux pour croiser leur chemin. À cette pensée, Bernhardt fut parcouru de frisson, la terreur se fondant au froid mordant pour faire trembler le vieil homme. À peine 5 ans en déca du centenaire, Bernhardt de la Serre ne laissait aucunement son âge avancé le limiter dans ses voyages, malgré l’air glacial le pénétrant jusqu’à en frigorifier ses vieux os.
Tenant d’une main l’étoffe interdisant au froid d’harceler son corps meurtrit par le temps d’une main, et de l’autre la pierre précieuse incandescente qui prohibait les horreurs de la Brume d’en faire de même. Fendant les ombres et leurs sbires tel un navire dans les eaux troubles d’une tempête, la lueur d’un bleu ardent doucement avançait, alors qu’à l’horizon, une lueur dansante d’ocre et d’écarlate venait finalement lui répondre. Son objectif en vue, le vieillard reprit sa marche en toute hâte, souhaitant finalement trouver un abri contre les affres frigides de l’air dont l’imperméabilité serait à la hauteur de celui qu’il dressait contre les forces des Brumes.
Bientôt, Bernhardt put substituer à la nuit implacable, remplie de murmures et de dangers, une ambiance chaleureuse, vibrante de rire, de discussions animées et de la lueur chaude et crépitante d’un foyer ardent. Son entrée si tardive avait su attirer l’œil curieux des convives de la petite auberge, mais cette soif d’explication fut rapidement étanchée par l’énorme pierre précieuse dont était sertie son catalyseur, ainsi que les maintes runes brodées au sein de son surcot. Nul ne lui demanda comment il avait échappé aux affres de la nuit, alors que la potence de son savoir arcanique était si visiblement démontrée.
Le vieux sage s’installa le plus près possible du véritable brasier occupant la cheminée, rejoignant une table relativement calme, ses occupants accrochés aux paroles de l’un des convives, qui ponctua son récit d’une voix forte;
‘’… Et encore à ce jour, on dit que les habitants de Mornecourt laissent une miche de pain et une fiole d’encre sur le pas de l’entrée de la caserne, et que si vous tendez l’oreille aux aurores à la veille du Solstice, vous pouvez entendre des sons de clochettes dans les bois!’’
Une véritable éruption de rires et d’acclamation prit d’assaut les occupants de la table, alors que le public s’époumonait de joie et de félicitations au conteur. Alors que le calme revint à l’assemblée, les regards se tournèrent vers Bernhardt, qui tentait depuis son arrivée d’éviter toute attention. Alors qu’il allait se lever pour se dérober aux regards inquisiteurs, le conteur mit sa main sur son épaule pour empêcher son départ. Le Sieur de la Serre, surpris, s’exprima;
‘’Milles excuses mes braves, je ne souhaitais pas déranger votre assemblée. Je voit que ma présence sembler meurtrir l’ambiance, et je vais de ce pas m’attabler plus loin pour vous laisser à vos réjouissances…’’
‘’Allons allons, ancêtre, ne soyez pas confus! Il est simplement d’usage en cette région qu’un individu souhaitant s’attabler auprès d’inconnus se doit de leur présenter une histoire pour animer la discussion!’’ S’exclama le précédent conteur, alors que sa poigne insista sur l’épaule de Bernhardt, l’invitant à se rasseoir.
Devant l’insistance de son interlocuteur et l’avidité dans les regards de l’assemblée, Bernhardt n’eut d’autre choix que d’obtempérer, alors que la chaleur omniprésente du foyer réchauffait ses vieux os endoloris et frigorifiés. Fermant les yeux, il plongea dans sa vaste mémoire, cherchant un compte ou une légende qui saurait émerveiller son audience et lui assurer de conserver son siège et la confortable aura chaleureuse qui s’y trouvait. Soudain lui revint une histoire ancienne, que son propre aïeul lui avait maintes fois racontée, près d’un siècle auparavant. Souriant, il ouvrit les yeux, et se lança dans le conte;
‘’Dans l’Ombre des Montagnes d’Argent, au sein des méandres caverneuses qui arpentent le domaine du Peuple de Pierre, il est possible à chaque heure du jour ou de la nuit, dans chaque antichambre et chaque demeure, d’entendre le doux écho de l’acier frappant le roc. Ce que peu savent, en revanche, c’est que ces échos proviennent de la lutte inlassable que les suivants d’Urm mènent face à la pierre même qui abrite leurs cités. Toujours à la recherche des richesses des Cimes, bataillant sans cesse pour les extirper de la garde jalouse des antres de rocs, les Kotsbars d’Argent, arborant fièrement leurs pics d’acier finement forgé, martèlent le sol et les parois des Montagnes qu’ils appellent leur demeure.
Par un froid matin, alors que faisait rage cet affrontement au sein des Montagnes, vint une découverte qui chamboula le Royaume en entier. Au cœur de ces majestueux monts, reposant au sein d’un précipice se jetant dans les plus profonds méandres, furent aperçus trois Astres étincelants, scintillants à la lueur des torches des mineurs d’éclats rivalisant les étoiles peuplant la nuit la plus claire qui soit. Trois joyaux colossaux, enchâssés ensemble dans la muraille de pierre de la crevasse, à la pureté sans égale, et au chatoiement hypnotique et envoûtant, qui éveillèrent dans l’équipe de Douaris assemblés une convoitise dépassant l’entendement.
S’amorça alors une lutte sans relâche contre la Montagne et ses légions de pierre, désireux qu’était le Peuple de Werden de conquérir ces étoiles si pures et lumineuses qui brillaient dans la nuit des abysses de roc. Bien vite vinrent des légions d’ouvriers et d’ingénieurs, alors que les disciples d’Urm déployaient des chefs-d’œuvres d’ingénierie et de logistique dans la poursuite des plus exquis joyaux jamais dévoilés au sein de leur demeure. Bien vite, la Montagne plia devant la hargne et le labeur, vertues du Peuple de Pierre, et offrit en reddition les Gemmes si ardemment convoitées.
Semblables à des larmes, et issues de la plus effervescente des splendeurs célestes, ces trois gemmes furent arrachées aux Montagnes, et triomphalement apportées au Coeur d’Argent, capitale du Royaume. Elles furent déposées aux pieds du suzerain des Cimes, le légendaire Thorvald IV, respecté de tous pour sa sagesse et son immense savoir. Mais devant la pureté resplendissante des joyaux, les Douaris, gardiens des sombres halls des Montagnes, réalisèrent que leurs profondes cavernes n’étaient pas dignes d’une telle splendeur. Ces joyaux célestes méritaient un lieu à la hauteur de leur magnificence. Il fut alors décrété par le Seigneur d’Argent que les trois Astres quitteraient les confins de son domaine, et seraient portés vers les Cimes, pour que leur splendide lueur puisse rejaillir partout sur le continent d’Élode et le baigner de la magnificence contenue dans les tréfonds du Royaume d’Argent. Ces flammes si somptueuses seraient ensemble présentées au seul être pouvant répondre d’égal à leur splendeur, pour que tous puissent assister aux merveilles issues du Peuple de Pierre.
Thorvald IV fit appel aux plus habiles artisans parmi ses sujets, confiant à la lignée des Fier-Heaumes de Khurakar, renommé parmi les leurs pour leurs prouesses au burin et au ciseau, l’ardue tâche de majorer la splendeur des larmes qui déjà ne connaissait ni égales ni défauts. Devant le fardeau herculéen qu’était l’amélioration de ce qui semblait déjà parfait, les maîtres tailleurs de la Ville de l’Ouest ne purent qu’être pétrifiés. Sachant leur mandat impossible par tous moyens physiques, les joailliers décidèrent de tenter une approche parée d’arcanes et de prodiges. Au pied de leur montagne, ces maîtres descendirent, arpentant les landes des collines, certains que les douaris des collines, qui contemplaient sans cesse la voûte céleste et sa myriade de constellations, sauraient en capturer l’éclat pour le conférer aux larmes des Montagnes. C’est au sein du clan du Glaive que leur réponse fut trouvée, alors que les réputés arcanistes des collines surent enchanter les joyaux pour que malgré leur chatoiement individuel, ensemble, les trois pierres ne deviennent plus que la somme de leur beauté.
Trois virtuoses de lumières à la chanson si envoûtante furent extirpés de leurs prisons cristallines, emplies de lueurs, comme si habitées chacune par une douce flamme chatoyante, dansant à l’unisson en un ballet d’aurores hypnotiques. Telles furent les gemmes lorsqu’à nouveau elles furent apportées devant le souverain des Cimes. Devant l’exquise harmonie se déroulant sous ses yeux, Thorvald IV ne put que proférer son extase, et dès lors sut que la seule personne digne de la splendeur des trois Larmes n’était autre que la plus grande beauté du continent, la fabuleuse Aurore de la majestueuse maison de l’Onyx.
Ce fut ainsi une large procession du Peuple de Pierre qui se présenta au sein du Palais de Cristal, juché au sein des Monts Helmir, au sein de la Cité-Mère de Drasil. Composée du Roi Thorvald et de sa cour, mais également des Tiarnas des clans des collines, la délégation fièrement se tenait au sein de la vaste salle du trône des rois d’Ébène, leurs parures aux aspects angulaires et leurs vêtements de Soie de Granite se détachant vivement des lignes filiformes peuplant l’austère pièce. Sous le regard du Roi Thorvald IV, c’est trois Tiarnas des clans des Collines qui portaient cérémonieusement les trois Larmes, prêts à les présenter à la divine Reine Mère de l’Immuable nation. D’une voix forte et solennelle, le suzerain de Pierre s’exclama; “Que les Larmes soient vôtres et demeurent le symbole de votre rang tant que vous règnerez avec Force, Noblesse et Droiture sur votre nation’’ alors que les trois chefs de clans vassaux présentaient à la souveraine des terres dokkalfariques d’Élode les Larmes chatoyantes et vives.
Devant eux se dressaient un être d’une majesté indéniable, une peau d’albâtre cerclée d’une chevelure d’ébène, un visage aux traits aquilins tout droit sortis d’un songe de lumière. Grâce incarnée, la Reine du Peuple des Dogmes siégeait en ce jour, son front opalin dénué de parure régale. Et c’est un Roi d’Argent, fier et altier, qui s’avança devant l’impérieuse Infidèle, lui présentant les merveilles issues de son Royaume,
La première d’un azure dépassant les mers symbolisait la Force implacable d’Akkar. La seconde d’une immaculée blancheur telle les Cimes de Myrh représentait la Noblesse.
Puis vint celle aux teintes de sable du désert, pour Hevn et sa droiture indispensable. Les trois Astres des Montagnes, si brillants et étincelants, furent ainsi présentés comme les Larmes de la Prophétesse.
Ainsi pour des siècles furent portés les Larmes sur le front des maîtres de l’Immuable Cité, et d’une splendide majesté elles brillaient à l’unisson pour les enfants du Souffle. Des Larmes fastueuses sur un front de marbre que jamais le temps ne ferait souffrir, alors, gage éternel de la magnificence des entrailles des Montagnes, véritable phare ardent de la beauté dont était capable le Peuple de pierre. Mais ces Larmes, si scintillantes, virent leur attrait s’étendre partout en Élode, alors que tous sur le continent ne pouvaient que s’émerveiller de la parité entre l’effervescence des gemmes et l’épanouissante beauté des souverains Infidèles les portant. Pourtant, ce rayonnement, père de l’émerveillement des masses, enfanta un second héritier. Alors que les Lueurs des Larmes finirent par atteindre l’œil de l’Impératrice de l’Humanité, Lucina la folle. Du mariage de sa folie et de sa convoitise vint le pire des rejetons imaginables; la Guerre. Le conflit des deux Reines fit rage, décimant des suivants des Dogmes, et encore aujourd’hui, ont dit que la pire perte qui soit de cette belligérance, est la Divine Lueur des Larmes de la Prophétesse, qui ne furent plus revu ceignant le front des Maîtres d’Helmir.’’
Bernhart de la Serre, son récit terminé, revint lentement à la scène l’entourant, alors que les conversations, les rires et les échos s’étaient tus, tous dans l’assemblée semblaient rivés à chaque parole quittant ses vénérables lèvres. Devant lui, plusieurs écuelles étaient agencées, entrecoupées de chopes et de verres remplis de breuvages alléchants. Alors qu’un autre nouveau venu s’apprêtait à débuter sa propre histoire, le vieil homme se réjouit de l’ampleur de son butin, bien plus imposant qu’il ne l’avait été dans les 5 dernières tavernes au moins.
Rapport au Général Bearh Grisshorn (Stahl)
Sud de Mévose
4 juillet 123
À l’intention de Général Bearh Grisshorn,
Tel que vous avez ordonné, les renforts de Flammensburg seront bientôt mobilisés vers les territoires de Mévose. Nous sommes en ce moment à préparer notre emplacement fortifié à quelques lieues à l’ouest de Hëlmgard. Cela nous permettra de protéger l’accès à ce Rempart advenant toute manœuvre d’isolement visée par les autres nations tentant de couper les routes de transport mévosienne.
Nos éclaireurs et agents dans la région de Mévose m’ont rapporté les avancés de la plupart des nations dans la prise de ce territoire;
Au nord, les vigmars des Voies Ancestrales gagnent du territoire aux frontières de Velsk dans le but d’étendre leur acquis avec Haut-Roc et le sud du Vigmark. Ceux-ci auraient des prétentions d’éventuellement prendre possession les steppes inanimés de Velsk, pour le moment encore engouffrés par la Brume.
Les drasilhiens ont fait beaucoup afin de consolider le sud. Les agents de l’Obsidienne ont pu conquérir des places fortes qui commandent avantageusement les territoires avoisinants et pourront s’avérer critiques pour le futur. Dans nos objectifs communs, il sera à vous et vos troupes d’évaluer les possibilités d’alliance. Évidemment cela est si Stahl se positionne encore en faveur du Traité du Joyau et d’un partenariat avec les dokkalfars.
Les cyrians, notamment les hérionites et leurs alliés, se montrent excessivement proactifs dans la prise de possession du territoire mévosien. Je suspecte que leur connexion indirecte avec le Carrefour des Astres et la position avantageuse du Gouverneur Vanyar Tamariel confère à Cyriande un avantage considérable dans la colonisation de Mévose. Mes sources me rapportent qu’en ce moment, les forsvarites auraient le monopole de l’exploitation de la Pierre de Brume sur ces terres.
Les Kotsbar des Montagnes d’Argent, vos opposants les plus directes, semblent pour le moment consolider leur possession de certains lieux souterrains affiliés aux croyances werdenites. Ceux-ci étendent également leur exploration à l’ouest et au sud de Rivesonge à la recherche de gisements miniers. Selon mes agents, ces derniers semblent plus proactifs que les Stahliens dans cette grande conquête du territoire.
Pour conclure, je vous rappelle que, rapidement, les différents lieux de conquête encore inexplorés sur ces terres se feront rares. Bientôt, le fer stahlien devra être battu dans le feu de la forge pour les affrontements à venir. Nous nous attendons à ce que nos opposants fassent de même.
Für Stahl,
À la gloire d’Akkar,
Xander Locke
Tourmente (Rivesonge)
Le coq n’a pas chanté ce matin. On distingue à peine le rayonnement du soleil et la rosée s’est éternisée jusqu’à la dixième heure pour ensuite se fondre à la pluie battante qui recommence. Le vent ne transporte pas les atouts d’une brise de Juillet depuis la dernière semaine. Les journées sont fraîches et les nuits, hostiles. Trois jours qu’il pleut. Trois jours que l’humidité s’installe dans nos habitations. Trois jours que les cœurs et les humeurs de Rivesonge sont aussi morose que le temps.
Les derniers affrontements dans la région de Rivesonge ont laissé, dans de nombreux cœurs, peine et colère. Certains guerriers sont tombés au combat ou sont déportés vers des lieux lointains. Il semble que l’Ordre de l’Exil ait perdu l’un des leurs et qu’un capitaine n’est plus en ces terres. D’autres parlent de l’Ordre Bestial qui a vu se faire déporter l’un de ses membres fondateurs. Je peux comprendre que les âmes soient en peine, mais pourquoi le climat et la région tout entiers semblent verser des larmes depuis trois jours?
Les habitants de la région devront pourtant s’y faire. Avec cette guerre de la conquête qui débute, il y aura des morts et des blessures. Ce n’est que le début des affrontements, ce n’est que le début de la saison des trépas, des funérailles et des adieux déchirants.
Ma visite à Rivesonge devait durer encore une semaine, mais je repars demain. Une caravane à accepter de me prendre avec elle. Je ne peux rester ici, tout mon corps me demande de quitter avant que les choses ne tournent mal. Je n’ai pas réussi à fermer l’œil la nuit dernière, je crois que quelque chose à tenter d’entrer dans la petite chaumière qui me sert d’habitation temporaire. Lorsque j’ai demandé s’il y avait quelqu’un après avoir entendu un grattement à la porte, je n’ai eu comme réponse que le vent plaintif qui soufflait dans les branches telle la respiration difficile d’un mourant.
Je peux encore sentir sur moi les yeux jaunes qui veillent à l’entrée de la forêt de pins. Trois jours qu’il pleut. Trois jours que ces trois corbeaux sont perchés sur le même arbre, immobile, à observer les rares passants qui s’aventurent par la grisaille. On dirait presque qu’ils se parlent entre eux de leurs croassements moqueurs et pleins de jugements. Ce ne sont que des animaux, ils ne peuvent pas écouter les conversations et se soucier de nous!
Pourquoi j’accorde une si grande importance à ces oiseaux maintenant? Pourquoi semblent-ils me suivre du regard lorsque je me déplace dans ce minuscule village?
Rivesonge est réellement aussi étrange qu’on le dit, la brume semble m’avoir entré dans la tête pour me tourmenter et me faire imaginer des choses sombres et tristes.
Demain je quitte Rivesonge. J’espère seulement que je pourrai me reposer cette nuit…Le soleil se couche et je me suis encabané dans ma demeure. Je ne peux qu’observer les ombres s’étirer à l’extérieur et déjà, je crois voir une silhouette entre les arbres. Sans aucun doute une hallucination causée par ma mauvaise nuit de sommeil.à
Demain, aux premières lueurs, je quitte Rivesonge.
Troisième évènement
Quatrième évènement
La Nef (Rivesonge)
Dans la forêt de pins, une lumière couvait le sol de sa douce présence au creux d’une nuit noire et humide. Une boule de tissu noir en était la source, jetant sous elle une rayonnante blancheur. Tandis que tous dormaient en Rivesonge, après une habituelle et terrible attaque de la part des engeances, un souffle régulier vint animer l’étrange amas de feutre sombre.
Une forme se déploya dessous avec une dérangeante mécanique d’os aux bruits lugubres, de la chaire serpenta pour s’attacher aux tendons tirés depuis les articulations. Une forme humaine se forma sous la cape qui se déploya sur des épaules couvertes de sang et de concrétions noires. Un cœur vert se mit à battre.
La Nef fixa l’immensité vide autour d’elle, les arbres pour seuls amis. Elle se mit à marcher tandis que filait l’aube au lointain. Elle marcha à travers la forêt, frôlant de sa cape les lourdes portes des forts, grattant les maigres protections de bois derrière lesquelles elle entendait respirer les mortels. Elle écoutait les rêves, les cauchemars et les espoirs. Son visage défiguré porte le sourire de celle qui déguste un plat de grande qualité.
S’aventurant dans les fossés, elle y trouva un pauvre bougre depuis peu égorgé. Elle se pencha vers son cou ouvert, caressant son visage d’un doigt brûlé par la maladie. Elle s’asseya à côté de lui et joua avec les papillons de nuit qui l’accompagnaient à travers ses promenades nocturnes. Des murmures passèrent ses lèvres :
‘Ils ne savent donc pas. Ils ne savent rien. Même moi, je ne sais plus.’
Il lui fallait un corps. Pas lui. Pas ce mort. Un vrai beau corps bien fabriqué. Elle ne pouvait plus rester entre la brume et cet endroit. Elle n’arriverait jamais à raffiner les éléments sans ça, le soleil comme la lune sont nécessaires en alchimie. Elle n’arriverait pas à aider. Comme avant. Comme dans le temps. Dans le très ancien temps. Avant qu’ils meurent et que les autres se nourrissent.
L’espace d’un instant, elle oublia où elle était. Autour d’elle, au sol, les ombres entrèrent en mouvement. Illusion de cités aux tours hautes, plans d’alambics oubliés, symboles géométriques alignés en algorithme parsemèrent la forêt, loin de toute civilisation, juste le temps d’un songe. Projetés autour d’elle tandis que ces yeux aux pupilles noires ne cillaient pas. Un vaisseau passa, comme un bateau aérien, des symphonies de couleurs brûlèrent les feuilles de leurs accords trop vifs. Elle se rappelait d’un autre monde, où elle avait vécu, qui avait disparu. Presque. D’une autre vie où elle avait été appelée, au-delà des monts. Une larme noire coula lentement sur sa peau brisée.
Elle reprit conscience comme si un coup lui avait été donné, un hurlement guttural avait déchiré la nuit. Elle devait fuir avant qu’ils n’arrivent et que le soleil se lève. Et lui aussi, ce pauvre être perdu, la gorge béante. Sa poigne se referma autour d’un flacon qu’elle porte en collier. Elle le glissa dans la main du cadavre, refermant avec douceur les doigts froids contre le récipient.
‘Soigne le prochain.’
La lumière du soleil dissipa lentement la Nef qui s’éloignait dans la forêt, tandis que résonnait la toux bruyante et bilieuse d’un ancien mort.
L’assaut des Brocéliantes (Drasilhelm/Cyriande)
Tandis que les armures polies et les écus bardés d’acier scintillaient dans les doux rayons du soleil matinal, une série de cris envahissait le ciel, alors que retentissaient au loin les cors de guerre cyriands. Un demi-sourire vint s’installer sur les lèvres de la commandante de la Forteresse des Brocéliantes, Sabrae de l’Impérieuse Maison de l’Onyx, l’Héliaste Sylvestre, et la Sentinelle des Voïvodes d’Ébène. Les colonnes du Cortège, elle déduit, venaient de tomber sur les pièges placés méticuleusement au sein de la forêt environnante, en prévision d’une telle offensive. Préparation et Clarté de l’esprit, tels étaient les enseignements de la Divine Prophétesse que l’Infidèle avait mis à profit dans les quelques semaines depuis la déclaration de guerre ouverte par le Cortège. Au loin, les craquements sourds et les gémissements de douleurs lentement se firent muet, signe que la cohorte hérionite avait enduré le plein essor des défenses préventives. Et, au bruit rythmique et unifié des bottes sur le sol qui reprit quelques instants plus tard, il ne fit aucun doute dans l’esprit de la Sentinelle voïvodale que là où leurs corps étaient meurtris, la volonté des Fidèles était encore ardente et irréductible. Sachant l’inexorabilité de la confrontation, et apercevant les regards inquiets de ses troupes, Sabrae fit volte-face, levant au-dessus de sa tête une hache aussi massive qu’elle dans un mouvement d’une facilité déconcertante. D’une voix imprégnée de l’autorité et de l’impériosité de sa Maison, elle s’écria;
‘’Forces de l’Immuable! Cohortes du Pacte de Jais! En ce jour, notre Volonté et notre défiance seront testées! À nos portes se trouvent non pas des hommes et des femmes, mais des suppôts du Damné, de vils et sanguinaires chiens, Fidèles à la folie de Forsvar! Devant nous se tiennent non pas des êtres doués de raisons et d’empathie, mais une Idée, un Monde dénué de la Sagesse des Dogmes et de la Grandeur des Infidèles! Le Courroux d’Hérion est père de ce fanatisme, et par-delà les Âges, partout où notre peuple a élu domicile, sa quiétude et sa Culture sont encore et toujours menacées par ces êtres. Des êtres, abreuvés par nos larmes, motivés par nos cris, et dont le fer est issu du sang versé par les nôtres, qui ne connaitront le repos que lorsque le dernier des Infidèles ne rendra son dernier Souffle!’’
Alors que la Commandante prenait une pause, au loin, le grondement des bottes alfariques sur le sol humide de la forêt se faisait de plus en plus grand. Une lourdeur dans l’air qui entourait les défenseurs se faisait omniprésente, alors que le regard de tous était rivé aux lèvres de Sabrae, attendant la suite. Celle-ci prit une grande inspiration, rassemblant son courage et sa hargne:
‘’Mais c’est en ce jour que nous nous levons, Droits, Infidèles et Insoumis, et que nous défions cette furie inexorable et irrationnelle. C’est en ce jour que nous nous tiendrons, tel notre Immuable Royaume, devant cet assaut qui n’est que véhémence et rage face à leur Rêve qui lentement s’effrite. Et c’est en ce jour que leur folie meurtrière se brisera sur les remparts de Droiture et de Pureté que nous avons érigés! Sous le regard de l’Astre du Damné se fracassera cette déferlante de haine, alors que nos lances perceront les plastrons et déchireront la chair de ceux qui empestent l’odeur de la mort, de la destruction et du sang des nôtres. Sous le regard de leur précieux Astre de Forsvar, nous romprons l’échine de ses forces et scanderons haut et fort que nous sommes Infidèles et que nous sommes Immuables. Et lorsque l’Astre du Damné fuira pathétiquement la voûte céleste et l’abandonnera à notre Immaculée Prophétesse, à notre tour, nous lui offrirons un champ de cadavres irrigué par le sang des Fidèles et semé de leurs lances rompues!’’
Sous les cris et les exclamations de ralliement de la part de ses troupes, Sabrae se retourna, confiante, pour faire face aux troupes du Cortège de la Rose, qui lentement et méthodiquement entraient dans la clairière au pied de la colline. Son visage prit une expression surprise toutefois, lorsqu’ elle vit l’ampleur de la force assemblée par les forsvarites, et ce malgré les embûches disséminées au sein de la forêt.
La cohorte hérionite en était une qui marquait l’imaginaire de par sa présence imposante. L’assurance dans sa lente marche, ordonnée et méthodique, démontrait une parfaite confiance de la part des fantassins en la Vigilance inculquée par les rigueurs des murs de Coranthe. Les troupes de Fidèles semblaient ne faire qu’un, alors que chaque unité paraissait mécaniquement conserver son emplacement dans la formation, un ballet de synergie et de coordination qui était presqu’impossible à voir parmi les autres formations militaires du continent. L’avancée d’une phalange aussi habile et professionnelle ne put qu’ébranler la confiance de la Vineraine, alors que devant elle une véritable armée tirée des Songes de Lumières ancestraux semblait envahir les abords de sa forteresse. L’acier immaculé et resplendissant de leurs armures, dont le chatoiement soulignait les mouvements gracieux des aspirants vigiles, alors que leurs bannières emblasonnées de roses blanches et dorées hérissées des rayons du Soleil de Forsvar claquaient dans la brise matinale. Des visages familiers occupaient la première ligne qui avançait en cadence, tenant fermement de lourds pavois décorés de ronces épineuses. La voix autoritaire d’Alexander, Héraut du Cortège, rythmait l’avancée forsvarite. Cette bataille capitale nécessitait ordre, discipline ainsi que Vigilance, et la tâche d’imposer ces vertus revenait au jeune Fidèle, dont les ordres se réverbéraient contre les murs de basalte de la Forteresse, comme si portés par les rayons de Forsvar lui-même.
Calmement, les lignes de sièges se formèrent, avec en leur centre le Maréchal Adanto de la Rose. Celui-si, affublé de sa rutilante armure, tenant d’une main la bannière du Cortège et de l’autre la fameuse lame de Brumacier qui avait défait une itération de l’Inquisiteur par le passé, regardait fièrement ses hommes se déployer. Il posa attentivement son regard sur les fortifications devant lui, tandis que derrière lui, le fameux canon d’ivoire qui avait fracassé tant de défenses infidèles au fil des années était avancé en position de tir par les artilleurs. Il vit l’immense porte du bastion, d’épais panneaux de chêne bardés d’un enchevêtrement d’acier et de cuir noir, conçue comme une défense impénétrable, à l’image de la Grande Porte de Rudhvin. Son œil vengeur et fervent finit par rencontrer le regard froid et implacable de la Sentinelle des Voïvodes, perchée sur le parapet. L’air sembla se tendre sous le suspense de la rencontre de l’inarrêtable et de l’Immuable. Les deux commandants se dévisagèrent. Puis, d’un bruit assourdissant déchirant l’air, alors que le canon forsvarite déversait son fiel et sa hargne, et que le bois, l’acier et le cuivre des défenses vineraines volèrent en éclats. Le Maréchal répondit à l’expression étonnée de la commandante Infidèle par un petit sourire en coin satisfait.
L’assaut débuta sous les regards croisés de la Prophétesse et du Déicide. Un conflit d’une autre Ère, tels ceux racontés par les légendes, secouait en ce jour les Brocéliantes. Cet affrontement, commencé il y a fort longtemps, soumis à une chronologie ancestrale que seuls les peuples alfarique et dokkalfarique savent tenir. Une haine immémoriale coulée dans le ferargent au sein des cœurs de chacun des belligérants.
Pris au dépourvu, les forces vineraines se hâtèrent pour combler la brèche, enjambant les corps des défenseurs terrassés par la véritable explosion de la porte, pour tenter de mettre en échec l’avancée confiante des soldats du Cortège. Toutefois, leur ligne de boucliers hâtivement assemblée ne put rivaliser avec la merveille de coordination et de discipline que constituaient les Forsvarites, et bientôt, la furieuse mêlée avançait au sein de la forteresse, passant le pas de la porte en ruines, les pavois des lignes secondaires et tertiaires levés pour protéger contre les projectiles venus des remparts. Sabrae, voyant l’impossibilité pour ses troupes de s’organiser suffisamment afin d’haltère l’inexorable avancée des fils de Coranthe, décida de tenter une manœuvre dangereuse. Commandant sa garde de descendre des parapets pour porter secours à leurs frères et sœurs d’armes au sol, elle se lança dans un bond magistral de son promontoire. Sa hache, dont l’acier semblait briller dans le soleil matinal d’une étrange teinte verdoyante, fendit l’air, sa lame s’abattant en un fracas rivalisant le tonnerre dans sa fureur. L’infortuné fantassin, qui avait à peine eu le temps de lever son bouclier en travers de cet assaut, ne put que fixer avec horreur l’Héliaste, alors que la lame de sa hache fracassait l’écu, tranchant nettement au travers de son bras d’un coupure nette, et finissant sa course en se fichant dans son épaule. La surprise et le choc virent le malheureux être catapulté vers ses camarades, dans un élan qui vint momentanément semer le désordre et la confusion au sein des lignes cyriannes. Sabrae se releva, défiant ses ennemis de sa hache, alors qu’autour d’elle un mur de boucliers se forma en un mouvement fluide. Ce sursis fut capital pour les Infidèles, qui en profitèrent pour resserrer leurs lignes et presser leur avancée, le momentum de la bataille renversée.
La contre-charge réussit à repousser les envahisseurs en dehors de l’enceinte de la forteresse, avant qu’un nouvel équilibre ne se forme, et que la bataille rangée ne se développe pleinement. Partout, l’acier se fracassait contre le bois des boucliers, les lances se glissant habilement entre les écus pour chercher à pénétrer les interstices des armures et fracasser les protections divines et arcaniques. Soudain, un signal issu de la forteresse perça le ciel, la lueur arcanique baignant la scène de combats acharnés. L’air sembla s’imprégner d’une teinte cramoisi, imitant le sol boueux engorgé de sang, fidèle comme infidèle, ainsi que l’acier des lames et des armures recouvertes du vermeil coulant à flots. Les cris de rage et d’agonie semblèrent se taire pendant un instant, alors que l’atmosphère se chargea du bourdonnement arcanique émit par l’étrange artifice.
Au loin, un nouveau cor sonna, suivit par une exclamation de ralliement ainsi qu’un tonnerre répétitif de sabots martelant le sol sec et poussiéreux à l’orée de la clairière. Au loin, une troupe de cavaliers avançait, les bannières de la Maison de l’Ambre claquant dans le vent. Darius et Rodrick de l’Ambre, vêtus d’armures lamellaires rutilantes, leurs longues lances hérissées affublées de longs fanions d’ocre et d’orange. D’un signe de tête à l’unisson, les deux soldats prirent commandement de leur troupe, abaissant leurs visières en un seul mouvement, avant de lever leurs lances et d’ordonner la charge, leurs troupes arrangées en une double colonne derrière eux.
Le Maréchal, de son côté, ne laissa transparaître aucune hésitation ni surprise, son sourire narquois ne quittant jamais son visage. D’un geste mécanique, il signala ses joueurs de cornes qui lancèrent, à leur tour, une série de signaux et d’appels complexes. Instantanément, les deux dernières lignes du cortège se retirèrent, leurs combattants encore frais, et se positionnèrent en une longue formation défensive,à l’encontre des cavaliers. Les pavois de la première ligne furent plantés dans le sol, alors qu’une seconde ligne venait s’appuyer sur ceux-ci, prêt à soutenir la charge effrénée des Infidèles. À l’approche de ce mur, la colonne drasilhienne commença à s’étendre en une large formation. Adanto observa la charge, surpris de l’ineptie tactique à laquelle il assistait.
Toutefois, le sourire narquois quitta ses lèvres, alors que sous ses yeux, la formation étendue des Vinerains s’étira bien au-delà de la nécessité, pour révéler la nature du double commandement de la troupe. Tandis que Rodrick menait ses forces dans une collision violente et meurtrière avec le mur de bouclier, qui dégénéra rapidement en une mêlée chaotique, une seconde partie de la troupe de cavalerie suivit la bannière de Darius, qui mena plutôt son unité en une rapide manœuvre d’encerclement. La panique vint ceindre le cœur du Maréchal, qui mobilisa aussitôt les quelques réserves ainsi que toute unité non nécessaire aux combats aux abords de la forteresse pour tenter de mettre en échec la manœuvre et protéger les flancs de sa seconde ligne. Malheureusement pour lui, les lourdes armures de ses fantassins, et les quelques instants nécessaires pour rassembler la force de secours furent des éléments cruciaux de cette opération, alors que la cavalerie légère des Vinerains semait la terreur et la mort au sein de son arrière-garde. Le Maréchal se jeta pleinement dans cette troisième mêlée qui se formait, animé par l’énergie du désespoir. Sollicité qu’il était par l’énormité de la faille tactique à combler, il ne prit que trop tard connaissance du destrier qui vint le plaquer au sol.
Alors qu’il peinait à se relever sur le sol imbibé de sang et retourné par les sabots, il vit trois Drasilhiens le mettre en joue depuis les rambardes de la forteresse, anxieux qu’ils étaient de mettre fin à ses jours et à la cohésion de ses troupes. Alors que les cordes des trois arbalètes chantaient simultanément leur ode au trépas, et que les trois traits filaient vers la forme prostrée du Maréchal, celui-ci fut sauvé in extremis par Angelo, qui se jeta devant son officier pour le protéger. Deux carreaux atteignirent son large pavois, mais les projectiles avaient été savamment placés pour maximiser les chances d’abattre. Ainsi, le troisième fut impossible à bloquer, se fichant profondément dans son œil.
Adanto, voyant la journée perdue, prit le jeune soldat sur son épaule et s’apprêta à faire sonner la retraite. Déjà, plusieurs fantassins du Cortège se repliaient, forcés à reculer par la furie et la préparation méthodique de l’assaut vinerain. Le premier signal de converger vers la colline de commandement fut donnée, et les forsvarites commencèrent à fuir leurs opposants, sachant que le second signal ordonnerait une retraite ordonnée. Toutefois, alors qu’Adanto s’apprêtait à annoncer la défaite, il fut interrompu par son chapelain, Ethan. Celui-ci, se tenant droit et fier, avait délaissé son bouclier, agitant la bannière du Cortège vigoureusement. Sa silhouette, baignée du soleil levant en contre-jour, semblait être dotée d’une aura divine, alors que le regard de Forsvar lui-même paraissait posé sur l’Élu Divin. La majesté ainsi conférée au guide spirituel du Cortège imposa à tous un instant de révérence, alors que chaque soldat était obnubilé par ce véritable envoyé des Voûtes qui se tenait devant eux.
‘’Filles et Fils de Forsvar, porteur du Lègue d’Hérion,à moi! Levez vos boucliers et formez les rangs! En cette aube, nous sommes investis par la Gloire des Immortels, investis de la Volonté des Fidèles! Marchez avec moi, et, aujourd’hui, nous réaliserons une nouvelle étape de son Rêve: Purger la Corruption des Infidèles qui nous opposent depuis trop longtemps!’’
Un véritable rugissement fit écho au travers de la vallée, alors que les Forsvarites, ragaillardis, réussirent à exécuter l’une des manœuvres les plus logistiquement difficiles, subjuguant une retraite chaotique en reformant une ligne cohésive. Leur unité ainsi retrouvée, les Fidèles prirent les porteurs du Souffle de court, ceux-ci ayant perdu toute forme de discipline dans leur poursuite de leurs ennemis jurés.
Sachant que nulle force ni tactique à sa disposition ne pourrait vaincre le Cortège en formation en bataille ouverte, Sabrae sut alors que la victoire venait d’être arrachée des crocs de la défaite par l’Élu de Forsvar. L’Héliaste était à court de stratagèmes, à court de surprises, et ne possédait aucune réponse à la férocité et la discipline de son opposant. Ses forces étaient éparses, et elles se trouvaient maintenant sur le terrain de prédilection des coranthins.
Souhaitant conserver ses troupes, et refusant de les envoyer à cet abattoir hérissé de lances et de roses, elle profita de la plus grande mobilité de celles-ci pour effectuer une retraite ordonnée, tandis que sa cavalerie tenait en respect les forces hérionites. Sachant que nul renfort ne serait possible, elle donna l’ordre aux Vinerains de retraiter vers la Dernière Garde d’Illiphar, le fort érigé aux abords de la Voûte des Trois Prophètes, convaincue que la Forteresse des Brocéliantes ne serait guère plus qu’un tombeau.
Le retour du petit Duc (La Marche Exilée)
Campagne au Nord-Ouest de Lacroix, Danteigne
Une troupe massive de près de 1200 soldats, chevaliers, écuyers, aides de camp et hommes et femmes fidèles à Robin Avery de Danteigne installèrent leur bivouac à quelques lieues de la ville de Lacroix. Les allures avaient presque l’air d’un siège vu d’une certaine distance, mais lorsqu’on s’approchait du campement, l’ambiance qui s’en dégageait révélait une tout autre atmosphère que lors d’un conflit armé. Dans le campement se trouvaient des marcheurs qui, suite à un long périple, des défis, des combats, des pertes et quelques miracles, étaient de retour chez eux, en Danteigne.
Celui qui était de retour chez lui était Robin Avery de Danteigne qui, au petit matin du 17 septembre, s’extirpa de sa tente en même temps que le soleil, alors que l’air frais et l’humidité de la nuit étaient toujours bien présents, pour voir aux loin les lueurs de ce qui fut, il n’y avait pas si longtemps, sa demeure. Alors qu’il contemple l’horizon, l’un de ses écuyers vient à lui et tend la main, prêt à recevoir l’objet de sa quête. Ne lui accordant qu’un bref regard, Robin lui remet deux missives que le jeune homme devra porter jusqu’en Mévose. L’une étant marquée du nom des Pauvres Chevaliers du Renouveau et l’autre, du symbole de l’Ordre de l’Exil, chapitre de la chimère. Après une timide révérence, l’écuyer prit son congé du petit duc.
Robin fixa Lacroix pendant presque une heure, pendant laquelle le soleil réchauffa l’air et fit se dissiper la rosée. Pensif, le jeune homme arrivait à la fin d’un chapitre important de son périple et il savait que cette journée resterait marquée dans l’histoire, peu importe la manière dont elle se déroulait.
C’est à midi que Robin, revêtu de ses couleurs et blasons et portant son armure, chevaucha vers Lacroix en compagnie de plus de 500 cavaliers. L’escorte ne fut pas arrêtée par les portes de la ville, car celles-ci étaient grandes ouvertes, encadrées par une foule nombreuse s’étant déplacée pour assister à ce moment important. Les crieurs publics et musiciens de Robin étaient aussi en place pour clamer haut et fort le retour du fils prodige, de l’illuminé et du miraculeux Robin Avery de Danteigne. En effet, depuis plus d’un mois maintenant des envoyés du petit duc avaient travaillé fort pour que l’ensemble de la population partage l’enthousiasme de ce retour. Pour certains habitants de Danteigne qui étaient des supporteurs de Lothaire de Lacroix, assassinés au printemps 122, cette journée était morne et triste, et ils furent les plus réticents à revoir le jeune homme qui avait renié son titre de seigneur il y a quelques années. Minoritaires dans une marée de partisans pro Robin, ceux-ci n’eurent d’autres choix que de constater que le jeune homme ferait son retour qu’ils le veuillent ou non. Les autorités de Langegarde avaient aussi été particulièrement silencieuses à ce sujet. Sans se prononcer en faveur ou en défaveur du retour de Robin en Danteigne, Langegarde semblait vouloir prendre ses distances du duché de la Marche qui avait été, pendant un bref instant, une extension des Piliers de Langegarde. Tout au long de sa procession dans les rues de Lacroix, nombreux furent ceux et celles à remarquer qu’un grand oiseau de proie, un aigle, semblait voler très haut au-dessus de la Ville et qu’il semblait suivre le jeune Robin dans sa quête vers le centre de la ville.
Lorsqu’il arriva sur la place centrale de Lacroix, la foule nombreuse s’écarta pour laisser passer le jeune duc qui allait à la rencontre de ses conseillers qui l’attendaient au pied d’un échafaud qui avait été monté la veille. Robin descendit de sa monture devant Aimée de Baumont, une grande femme se tenant droite comme un chêne et portant sur son plastron le symbole du Renouveau et Rolland Imbert, fier, le sourire aux lèvres, mais les yeux cernés et le teint gris. Portant une armure plus légère, Rolland semblait avoir traversé certaines épreuves dans les derniers jours, mais il accueillit Robin avec des cris de joie TROIS HOURRAS POUR ROBIN! scanda-t-il alors que le jeune duc marchait vers lui pour lui serrer la main vigoureusement. Aucun signe en vue de Geoffroy Guiscard, troisième conseiller de Robin qui se devait pourtant d’être présent pour cette journée importante.
Après avoir salué et échangé quelques brèves paroles avec ses conseillers, Robin monta sur l’échafaud pour s’adresser à la foule.
“Citoyens de Lacroix, gens de Danteigne, Marcheurs, mes frères et mes sœurs! Qu’il fait bon d’être de retour chez soi.”
La foule hurla de joie devant ses paroles
“Aujourd’hui est un jour que je me rappellerai toute ma vie. Je me tiens devant vous, simplement en tant que l’homme que je suis. Forgé par les expériences que j’ai vécues ici, mais aussi partout dans la Marche. Au cours des dernières années, j’ai pu constater par moi-même ce qui se passe dans la Marche. J’ai vu la souffrance, j’ai vu la guerre, la peur et la mort. Mais j’ai surtout vu l’espoir, la camaraderie, la force, le sacrifice, le patriotisme et la soif de vivre!
Je vous demande pardon aujourd’hui pour avoir quitté Lacroix et mes responsabilités. Je vous demande pardon d’avoir été aveuglé par les paroles et le venin que l’on me servait à l’époque. Soyez assuré que je peux maintenant, mieux que quiconque, percer le mensonge qui se cache derrière un discours mielleux. Je vous demande pardon de ne pas avoir été le duc que vous méritiez. Je suis devant vous aujourd’hui dans l’attente de ce pardon avant de continuer ma quête.”
Partout dans la foule, l’on pouvait entendre les marcheurs et marcheuses crier Nous te pardonnons. Ces cris devinrent si nombreux qu’ils devinrent un bruit assourdissant d’une foule qui scande le pardon de Robin. C’est à ce moment que Robin bomba le torse à nouveau pour reprendre la parole.
“Je vous entends, et c’est avec beaucoup de reconnaissance que j’accepte votre pardon. Il est maintenant temps pour moi de m’offrir à vous dans ce sacrifice qu’est celui que les nobles et les ducs se doivent d’honorer. Je reprends aujourd’hui ma place à la tête de Danteigne an en tant que Duc, à votre service!”
Dans un geste symbolique, un coup de bélier fut donné sur les grandes portes de bois du château seigneurial qui s’ouvrirent alors. Le symbole que Robin avait repris Lacroix et clamait maintenant en être le noble dirigeant était bien clair pour tous.
“Mais ma quête ne se termine pas ici. J’ai vu trop d’injustice et de misère dans la Marche pour ne pouvoir agir qu’en Danteigne. J’ai fait un rêve ou j’ai vu la Marche comme si je la survolais tel un oiseau puissant. Je pouvais y voir alors les forêts et les champs, les chaumières et les églises. J’y ai vu 6 cavaliers portant les couleurs de Durance, Valorie, Ravière, Chastel, Danteigne et Mésière s’unir devant la rivière des ducs pour scruter vers l’Ouest. Ils chantèrent ensemble les hymnes de nos aïeuls et regardèrent le soleil se coucher à l’horizon. Ils chantèrent jusqu’à ce que, de l’autre côté de la rivière, un septième cavalier vint à leur rencontre, portant les couleurs de Belfort. Puis derrière lui, le soleil qui se couchait se révéla être en fait un grand feu alors que les murailles des Sthaliens s’écroulaient sous la puissance d’une Marche unie et forte.”
La foule, silencieuse, buvait les paroles du duc de Danteigne alors qu’il partageait la dernière vision qu’il avait eu en rêve.
“Je souhaite unir la Marche, une fois pour toutes. Nos frontières n’en seront que plus solides, nos traditions seront mieux protégées, nos ressources ne seront exploitées que par nous et non par les voisins belliqueux. Une Marche unie sous un symbole fort et puissant, avec à sa tête un souverain prêt à faire les sacrifices nécessaires pour préserver ce qui est notre!”
Alors qu’il terminait son discours en annonçant son désir de s’élever au rang de monarque pour la Marche Exilée, l’on sonna les cloches de la grande église Bradorienne qui se trouvait tout juste à côté de la place centrale. Les yeux se tournèrent pour voir les énormes cloches se balancer lourdement alors que le son résonnait dans toute la ville. Tous purent constater à ce moment qu’au sommet du clocher était perché un grand oiseau de proie au plumage sombre. Un grand aigle noir se trouvait là et alors que les cloches étaient aussi bruyantes que le tonnerre et auraient fait fuir n’importe quel oiseau, l’aigle s’étira plutôt les ailes majestueusement, révélant un plumage blanc à l’intérieur de celles-ci. La foule scanda son étonnement et s’émerveilla devant ce qui devait être un autre miracle de Robin Avery, redevenu duc de Danteigne, et en quête pour s’élever comme Roi de la Marche.
Le second équinoxe (Vigmark)
D’ici les prochains jours, le passage à l’automne aura lieu. Bien que cela ne soit que de moindre importance pour la plupart des habitants d’Élode, ce moment est capital pour les suivants du Cycle des Quatre. Qu’ils proviennent de la Marche Exilée, du Vigmark ou de tout autre communauté du continent, l’arrivée de l’automne et la saison des moissons symbolise pour ce culte un moment de transition entre l’effervescence de l’été et la réflexion apportée par l’automne en préparation à l’hiver. Tel un léger murmure qui conseille à travers les vents des arbres, l’Éphèbe symbolise la sagesse et la vision vers le futur. Il est prévention et diligence devant les épreuves futures.
À l’intérieur de la Marche Exilée, un nouveau dogme du Cycle des Quatre a vu le jour et grandit en influence depuis la dernière année. Exclusive à cette nation, La Voie du Renouveau tend à unifier certaines valeurs bradoriennes propres à l’héritage de la Marche Exilée avec les enseignements du Cycle des Quatre. Ainsi, le don de soi est au centre de cette pratique, visant à maintenir un équilibre avec les fondements plus couramment connus de cette croyance. Dans leur propre coutume, ceux-ci tendent à respecter et honorer les esprits du Cycle, esprits qu’ils appellent les fées. Contrairement aux Voies Ancestrales et croyances plus anciennes du Vigmark, ceux-ci révèrent les fées sans pour autant centrer l’ensemble de leur coutume autour de la volonté de celles-ci.
Depuis 122, une grande fête a lieu à travers l’ensemble de la Marche Exilée lors de l’équinoxe d’automne. En l’honneur de la fée Ceartas, esprit du feu, de la justice et de la fin de l’été, de grands feux se voient réaliser dans les différentes communautés pratiquant la Voie du Renouveau. Durant cette fête, tous offrent aux flammes et aux effigies une partie d’eux-mêmes, un bien qui leur est cher. Symbolisant un sacrifice de leur personne devant le cycle afin de prouver leur dévouement à leur quête personnelle. Ce sacrifice est également symbolique du retrait des ambitions personnelles et vaines pour une plus grande vision de la communauté de la Marche et de la terre.
En fin du mois de septembre, en Rivesonge, les Pauvres Chevaliers de la Congrégation du Renouveau se préparent aux célébrations des moissons. Au coucher du soleil du 23ème jour de septembre, jour de l’Équinoxe, une grande fête sera organisée en l’honneur de l’esprit Ceartas où une imposante effigie de paille sera présentée non loin du village afin d’être offerte aux flammes. Tous les suivants du Cycle pourront ainsi offrir une partie d’eux-même afin d’apaiser les esprits des Quatre et célébrer la moisson. Malgré leurs différends, ce moment verra les suivants des Voies Ancestrales célébrer avec leurs ennemis passés en l’honneur de la fin de l’été et le passage de l’automne.
Pour les vigmars suivants les Voies Ancestrales, l’arrivée de l’automne sera également le moment de communier avec l’esprit forestier de Valterne; Esos, le Murmure. Présent depuis des centaines d’années sur le territoire, le Sylphe n’est réapparu que quelques fois depuis la colonisation de Rivesonge en 115. Le premier jour de l’automne sera le moment opportun pour que les suivants des Voies Ancestrales honorent l’envoyé de l’Éphèbe et reçoivent sa bénédiction avant l’hiver.